• L'étourneau est un gros con

     

    L'étourneau est un gros con

    En toutes choses, la précocité expose à la prédation des médiocres et des importuns. Croyez-en mon expérience personnelle.

    Ainsi ai-je le plaisir de laisser pousser un cerisier précoce sur les modestes mètres carrés de mon pavillon péri-urbain de province. L’arbre est de taille respectable. Pourtant, je n’ai pour le moment pas envisagé de procéder à un quelconque élagage périlleux et hivernal. Aucun traitement contre-écologique n’y est non plus infligé de ma part.

    Vient chaque année, le printemps. De petites billes verdâtres, futures cerises,  sous son feuillage tendre se muent bien tôt en boules écarlates turgescentes, suspendues la plupart du temps par paires. On les imagine gorgées de fructose. Je dis bien « on les imagine ». Car chaque année, un scénario catastrophe se reproduit à l’identique et à mon grand malheur : L’éternel retour des étourneaux. Retour en l’occurrence est abusif, car cet endémique animal n’émigre pas l’hiver, ce qui n’est pas un signe d’intelligence ni de courage de sa part, d’ailleurs.

    De tous ceux qui battent des ailes ici, l’étourneau se montre en effet le plus avide, le plus costaud, le plus opportuniste et donc le plus dévastateur. Autant vous dire que je ne goûte guère l’OPA hostile qu’il fait chaque année sur mon arbre. Je ne goûte pas plus les fruits de ce dernier d’ailleurs, vous l’aurez compris ! Car l’étourneau est gourmand, certes, mais il est avant tout nombreux. C’est là le drame.

    J’ai tout essayé pour l’effrayer. J’ai disposé quelques Compact Discs du siècle dernier sur les branches agitées par le vent. La lumière du soleil réverbérée, établit un ballet de rayons et transforme mon arbre en boule à facettes. Gênant pour le voisinage, qui s’en est plaint, mais peu pour le volatile de toute évidence. Volatile du reste, peu porté sur la musique des artistes ainsi exposés. J’ai ensuite testé les lambeaux de papier aluminium qui, plus légers, volent mieux que le premier dispositif. Problème : le bruit qu’ils génèrent est sensible, surtout la nuit. Comme je ne me sentais pas la disponibilité de démonter l’ensemble chaque soir que Dieu fait pour le remonter dès l’aube, j’ai rapidement rangé l’affaire. J’ai enfin acquis un lance-pierre, pensant imposer une terreur certaine alentour, afin que les volatiles cherchassent ailleurs de quoi nourrir leur descendance maudite. Mais après quelques jets malheureux où mon projectile frôla des carreaux voisins, je rangeai l’objet dangereux pour l’intégrité physique de mes amis et ma réputation d’homme paisible dans le quartier.

    Ainsi donc actuellement, à l’heure où Dame Nature consent à envisager de nouveaux bourgeons, j’ignore encore quel recours adopter cette année contre cette malédiction venue des buissons.

    L’étourneau eut été paré des couleurs de la mésange bleue ou charbonnière, ou encore mieux, du chardonneret, l’indulgence aurait pu m’atteindre à son égard. Il eut été même dichrome, telle la gracieuse et farouche bergeronnette, il aurait gagné mon estime. Doté de l’intelligence lumineuse du rouge-gorge, j’aurais revu mon jugement sur lui. Las ! Son chant, si l’on peut dire, confine à quelques caquètements ridicules, sinon menaçants. Son plumage, maculation de brun clair sur brun sombre, est morne. La Création semble avoir été inspirée à son sujet, par la volonté d’engendrer du quelconque. Son bec fin et long mais redoutable, le prédestine à l’opportunisme du plus bas étage et à la prédation. Enfin, défaut ultime chez toute créature, l’animal est grégaire. Bref, ce gros con m’inspire juste l’animosité la plus ornithocide.

    Les béotiens qui s’ébaudissent à la vue de nuées de ces prédateurs sur les prairies de janvier n’ont pas la douleur de posséder un cerisier. Je les plains de tout ignorer de cette expérience.

    A Eymeri, décédé à 15 ans le 28 décembre dernier, jour des Saints Innocents. A son Papa, à sa Maman, et à sa demi-sœur à naître ces jours prochains. 


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  • Commentaires

    1
    Coquine_Elle
    Mardi 10 Janvier 2012 à 20:11

    Le mieux serait de garer ta 406 sous l'arbre du voisin. Car si les étourneaux aiment goûter aux cerises, ils ont aussi la passion de décorer les jolies voitures et ne résistent jamais à l'appel d'une carrosserie brillant de mille feux.

     

    2
    LaLangelliere
    Samedi 2 Juin 2012 à 11:54

    Et si vous leur offriez un saladier de cerises pour les détourner de l'arbre ?

    On n'a rien, sans rien, pas vrai ?

    3
    mario domljan
    Lundi 6 Mai 2013 à 16:44

    2 remédes   1  disposer dans l arbre un transistor  que  l 'on laisse  jour et  nuit  en marche   - efficace  -  le  protéger de la  pluie  trouver une  radio  qui  cause  -- 2  installer  une  cage   contenant un lapin  qu il faudra  nourrir  et abreuver  chaque  jour  en l abritant  de la pluie  et du soleil   c est le remède que mon voisin utilisait  pour sauver ses cerises  - il s y rendait chaque jour  parcourant ainsi  2  + 2 km  - et  mangeait ses  fruits  -  valable  pour  merles  pies  geais  et autres amateurs  -    son lapin n a  jamais été  dérobé  -      j assiste en mailant  au bain de mes étourneaux  - une coupe  d eau  propre  au  soleil  - ils aiment  CDT

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