• L’obsolescence programmée du fablab à Dédé

     

     

    L’obsolescence programmée du fablab à Dédé

    Mon vieil ami André est un type enthousiaste. Sa joie de vivre illumine nos trop rares rencontres. Cette gaieté, je crois qu’il la puise dans son inextinguible appétit pour les choses du futur. C’est avant tout un homme qui se projette. Tout petit déjà, il fouinait dans les revues techniques et scientifiques et m’en rapportait, enflammé, les nouveautés qui allaient disait-il, s’imposer dans le futur. Il fut le premier d’entre nous dans l’acquisition de très chers ordinateurs dans les années 80. Plus tard, il s’adonna avec passion à la lecture des oiseux oracles attaliens et s’abonna bien entendu à cette célèbre revue au futur terrible.

    L’autre jour que nous devisions nuitamment autour d’un single malt sur nos angoisses partagées quant à savoir de quoi demain sera fait, je l’ai senti un peu plus joyeux que d’habitude. J’ai reconnu là tout de suite, l’exaltation de mon Dédé qui a encore découvert un truc. Il m’a alors ouvert son ordinateur et m’a fait part, lectures à l’appui, de sa certitude de voir émerger les fameux « fablabs ». Les fablabs, vous savez, ces endroits où l’on trouve (pour le moment) principalement des imprimantes 3D entourées de geeks boutonneux et enthousiastes comme Dédé.

    Donc, mon Dédé tout excité de me parler et de me parler encore des perspectives mirobolantes offertes par ces machines qui, en étais-je seulement conscient, connectées au monde de « l’open source » allaient ouvrir les perspectives d’une véritable révolution industrielle deux point zéro. De m’expliquer que désormais avec ces machines, plus besoin d’usines, nous allions devenir indépendants des grand méchants groupes industriels qui délocalisent chez les esclaves asiatiques et bientôt africains pour produire toujours moins cher. Par ici la relocalisation. Un garage, une grange suffiront. On en a plein. Ça tombe bien ! Plus besoin de gros masses de capital à investir dans des usines et des grosses machines. Le monde industriel enfin libéré du grand méchant capital. On allait désormais tout faire nous-même, collectivement, avec nos imprimantes trois dés ! Youpi, quoi !

    J’aime bien mon Dédé. Et il a du très bon whisky.

    J’ai pas voulu lui rappeler que la stéréo-lithographie date au moins de dix ans. J’ai tu mon scepticisme et me suis bien gardé de lui dire que la fabrication d’un simple ressort (dont la mécanique ne peut se passer) suppose l’enroulement d’un câble d’acier. Que ce câble provient généralement d’une tréfileuse, une grosse bébête très gloutonne en énergie. Que son acier doit être à forte teneur en carbone, mais pas trop, sinon on fait de la fonte, et que la fonte, c’est pas assez ductile pour faire les ressorts. Que pour l’obtenir, on doit utiliser au minimum un four de refonte qui pousse aux environs de 1500°C. Que cette autre grosse machine fonctionne à l’électricité, que même couvert de cellules photovoltaïques et d’éoliennes, le toit de sa grange ne pourra pas faire chauffer le four pour l’acier pour le ressort à Dédé. Je n’ai pas voulu développer la réflexion sur la provenance des matériaux utilisés dans son « fablab », et qui relève du NIMBY.

    Je me suis contenté de lui faire ma grimace habituelle de sceptique.

    Avec les idéalistes, il faut y aller progressivement.


  • Commentaires

    1
    cadlink
    Dimanche 19 Octobre 2014 à 15:55

    >>J’ai pas voulu lui rappeler que la stéréo-lithographie date au moins de dix ans.

    24 ans plus exactement ;-)

    Bravo pour votre scepticisme qui tranche avec ce tsunami techno-mondialiste sur l’impression 3D qui nous bassine les oreilles et envahit nos écrans de yodas et de tour Eiffel moches toutes plus inutiles les unes que les autres.

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