• L'organe inutile

     

     

    S’oublier, quand on est hyper hyperactif cérébral, est un exercice agréable. A l’occasion de ces trop rares moments, on effleure ce qu’il est tendance d’appeler le « lâcher prise ». Quand l’expérience se double d’un abandon à l’effort cycliste dans un décor de vacances, le bonheur est tutoyé. Rien d’autre que le sifflement des boyaux sur l’asphalte, la sensation des phalanges qui enserrent la guidoline et les cocotes, l’air frais dans les bronches, le goût des électrolytes ingurgités au bidon dont on éprouve la tétine rêche avec la langue, les kilomètres qui défilent sous les coups de jarret glabres et hâlés.

    Le problème, car il en est un, c’est que le syndrome d’hyperactivité cérébrale s’accompagne la plupart du temps d’une incurable hypermnésie. Alors, si l’on n’y prend garde, l’escapade peut tourner à la récitation de poésies, au rappel des dates d’anniversaire de toute la famille et des amis. L’attention se détache vite de l’effort présent et l’esprit s’en va. Alors, adieu performance, le diesel à bas régime est en route !

    La solution ? Ma longue pratique m’autorise à vous la donner : remettre une nouvelle pièce et relancer la machine à cogiter. En quelques minutes, la sortie tourne au gymkhana du calcul mental rapport aux braquets. Tout redevient alors prétexte à une petite évaluation de cadence de pédalage, qui résulte, comme chacun sait de la vitesse de l’ensemble cycliste-machine et du braquet exprimé et mètres par tour de pédalier. Ajoutez à cela que si la bordée a pour cadre un des cols mythiques de notre beau pays, tout un champ de calculs et autres évaluations s’ouvre en grand sur les dénivelés parcourus et que sais-je encore sur l’énergie potentielle ou cinétique, selon que l’on monte ou que l’on descend ladite élévation.

    Echapper à ce que l’on est n’est pas chose aisée. Et il n’est pas donné au premier venu de déconnecter l’unité centrale. Pourtant, quand la glycémie diminue, le diktat du cerveau cesse. Car ce despote est grand consommateur de sucre. C’est le premier organe à souffrir lorsque la glycémie chute à l’effort.

    Une des vertus du sport est donc me mettre le cortex en souffrance de glucose. Une libération. Mon plus beau souvenir de sport n’est-il pas cette seconde moitié de marathon sur un gros triathlon, dont j’ai d’ailleurs perdu toute mémoire ?


  • Commentaires

    1
    clochapuis
    Mardi 20 Novembre 2012 à 18:55

    Compte-tenu de la jubilation qui transpire de cette page, plus jamais je ne céderai à la tentation de partager mon quatre-heures avec un éventuel cycliste quand nos allures portantes respectives et inégales se croisent en haut d'une forte pente. Les traits du vélocipédiste, torturés par l'effort, relèveraient donc de l'imposture?

    Cependant, en pleine conscience des risques encourus par un amnésique, je n'exclus pas l'hypothèse de remettre au besoin son vélo dans le sens du retour et de la descente...

    Clo (adepte de l'amnésie par le moindre effort)

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