• La douche des vacances

     

    Le douche des vacances

    Elle sent parfois le renfermé. Elle est mal fichue, pas très accueillante. En un mot, c’est pas la nôtre, mais on s’en contente car on n’y fait que passer ; la douche des vacances n'est jamais aussi bien que celle de la maison.

    La nôtre, celle de la maison, on la pratique chaque matin et après le sport. Le temps nous y est compté. Passage rapide dans un emploi du temps forcément serré. Elle se doit d’être fonctionnelle. Les produits, limités pour les messieurs à un gel douche et un shampooing, sont connus, éprouvés, renouvelés sans surprise. Pas de fioritures, de l’efficacité. Ils tombent sous la main d’ailleurs, certains matins, on y entre les yeux fermés. La porte ferme bien. Pas le temps d’éponger quoi que ce soit au sortir. La serviette est là aussi, si je tends le bras vers l’appareil double fonction de chauffage-de-la-pièce-séchage-de-ma-serviette. On la quitte embuée le matin. On la retrouve sèche le soir. Efficacité de l’aération. Hygiène garantie.

    Celle des vacances, c’est une autre histoire.

    Celle du camping quand on est jeune, que l’on gagne en tongs, à travers les herbes, la terre et les cailloux du chemin, est forcément loin et le chemin retour nous assure des pieds bien sales, quoi qu’il arrive. Mais bon. C’est les vacances, hein ! Gare toutefois à l’oubli d’un produit ou pire, du caleçon propre, prévu pour le retour ! Notez, souvent elle marche bien, la douche du camping, même s’il arrive encore parfois que le temps disponible d’eau chaude soit régenté par la pingrerie du tenancier.

    Celle de l’hôtel est sans doute la pire. Je parle de l’hôtel de passage, sur la route. Parce que forcément, quand on voyage loin, il arrive qu’on y fasse étape. L’hôtel-étape, c’est pas l’hôtel du boulot. C’est toujours un peu moins bien, parce qu’on l’a choisi vite fait sur Internet, sans assez d’attention. La douche de l’hôtel-étape donc, c’est celle où rien ne va. Forcément trop petite pour votre envergure, elle ferme parfois – maudit soit Jacob Delafon – par le fameux rideau-qui-colle-dans-le-dos. Vous savez, ce rideau à l’hygiène douteuse, trop court en hauteur et sur les côtés, qui cultive quelques moisissures suspectes dans le bas ! Ce rideau qui vous garantit une flaque immense où poser le pied à la sortie ! Et puis la robinetterie – maudit soit Friedrich Gröhe, le fils de Hans – parlons-en de la robinetterie ! De nos jours, camarade hôtelier, on monte un M.I.T.I.G.E.U.R. crénom, et non plus deux robinets à la con surtout quand celui de l’eau chaude met deux plombes à arriver à température, quand il y arrive, d’ailleurs. Et puis, on ne met pas 3 bars de pression d’eau froide pour 0,3 bars de pression d’eau chaude. Ça ne peut pas marcher, camarade hôtelier. On n’apprend pas ça, dans les écoles d’hôtellerie ?

    La douche de la loc’ enfin, c’est un peu la loterie. En locataire expérimenté, je n’y viens jamais sans mon kit miniature du parfait plombier en vacances. Tout commence par un appel désespéré du petit dernier, qui s’aperçoit, après ½ heure de flot ininterrompu d’eau froide puis d’eau trop chaude, que l’évacuation est bouchée. La cote d’alerte étant alors largement entamée et le débordement du récepteur imminent, j’interviens en courant. En tongs, toujours, mais équipé du kit ci-dessus mentionné. Un conseil : évitez pour ce type de sauvetage, la proximité avec les repas. La première raison est que vous vous rendez très rapidement compte en arrivant sur zone que le petit dernier a confondu le bac à douche avec les toilettes… La seconde est qu’après un geste assez technique, dont la maîtrise vous aura été acquise au fil des années, vous vous retrouvez avec le bidule qui sert de bonde entre les mains. Bidule agrémenté d’une barbichette d’une douzaine de centimètres, composée selon toute évidence d’une collection de poils dont l’origine remonte à la genèse de ladite location. Faisant alors preuve d’une abnégation digne de celle du papa gnou face au lion, vous entamez un nettoyage consciencieux de l’ensemble du dispositif d’obturation, siphon compris. Un vrai professionnel ne faisant jamais le travail à moitié, comme on sait.

    Cette épreuve passée, votre quinzaine peut s’écouler, sereine. Le petit peut se lâcher par flemme de passer aux cabinets, Madame peut étaler sa ribambelle d’onguents sur les quelques centimètres carrés où vous espérâtes un temps, poser votre gel douche… Qu’importe, vous seul goûtez ce plaisir simple d’une évacuation qui marche. Et ça, camarade, ça s’appelle les vacances !


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :