• Le matche de foute

    Le matche de foute

    J’envie souvent l’aptitude à l’organisation des femmes. Parfois je regrette de payer le prix de mes carences en la matière. Ainsi donc ce dimanche de Pâques, me retrouvai-je par le truchement d’un jeu féminin fort habilement calculé, bien seul à la tête d’une horde de pré-ados duveteux. Le matriarcat avait déserté la place en quête de distraction à base de franche amitié féminine et de causeries interminables en tout genre… Il me fallut faire face, sans que je ne me sois aperçu de rien…

    La partition aux fourneaux ne fut pas insurmontable. Et si ce petit monde se bâfra mangea avec appétit, il s’éclipsa promptement au moment de la vaisselle vers les jeux électroniques à manettes en vogue auprès de cette génération. Aussi, après que je me fus adonné à la plonge, j’avisai qu’à cet âge où l’on apprend les choses de la vie avec les doigts, j’honorerais ma fonction pédagogique en proposant à la cantonade une partie de sport en vrai. Genre tournée générale de bouffée d’air à bicyclette obligatoire. La large panoplie de deux-roues qu’abrite mon antre aux trésors équipa chacun des boutonneux. Un rapide coup d’œil aux pneus et aux casques et nous prîmes le chemin du petit bois.

    En fait de petit bois, notre convoi orienta tout de go sa course vers les clameurs pas très lointaines du terrain de foute du village. Oui car, chose étonnante, notre village dispose d’un terrain de cette nature entretenu par les deniers municipaux, où chaque dimanche ou presque (même à Pâques), il se dispute une partie de ballon au pied.

    Nous accostâmes donc les rambardes glacées du terrain susnommé alors que se disputait déjà la seconde mi-temps de la partie du jour. Les esprits des nombreux supporters tant locaux qu’adverses, sans doute eu égard à l’enjeu de ladite partie, s’échauffaient un peu. L’arbitre, notamment, faisait l’objet de remarques plus ou moins amènes de la part de la majorité des accoudés. Un expert en arbitrage, cramponné à la buvette, prodiguait ses avis d’une voix forte et assurée. Tantôt blâmant l’homme en noir pour une faute imaginaire sifflée d’un endroit où, de toute évidence, il ne pouvait que moins bien apprécier la situation que depuis le comptoir, tantôt sifflant lui-même des fautes que l’autre ne voyait pas pour la même raison. Notre homme, fort bien organisé, s’était adjoint les services d’un petit vieux armé d’un énorme chronomètre d’athlétisme. Cet aide de camp, qu’il arrosait régulièrement de ses largesses sans faux-col, lui fut fort précieux à la fin du temps réglementaire. En effet, à la 90ème minute pétante, il siffla lui-même la fin de la partie. Les joueurs, perturbés par le sifflement strident caractéristique à la provenance suspecte, stoppèrent net le jeu et saisirent la balle à la main, pratique prohibée en matière de foute, comme il nous sembla bien à nous aussi. Un quiproquo général s’ensuivit. Les uns considérant que la partie était finie, les autres le contestant avec une véhémence tout aussi imbibée de vin rouge et de mauvaise foi. L’arbitre officiel - celui qui avait revêtu la tenue de circonstance - estima, commandé sans doute par son instinct de survie, qu’il fallait confirmer le jugement émis par la buvette. Il jeta ostensiblement un regard à sa montre et siffla les trois coups longs inscrits au règlement.

    La foule supportrice des vainqueurs s’ébaudit. Celle des vaincus se renfrogna. Puis tous s’égayèrent en se disant à dimanche prochain.

    Quelques afficionados eurent le dessein de terminer l’après-midi au débit de boisson nomade. On y croisa quelques jeunes, la chemise ouverte sur des bijoux d'inspiration ésotérique. Des bimbos emmitouflées dans leurs bourrelets étrennaient leurs talons hauts dans les taupinières. Des chiens de race, en laisse et fort bien apprêtés, se prodiguaient des courtoisies en se reniflant l’anus à tour de rôle.

    Nous prîmes la décision de rentrer.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :