• Rendez moi mes sentiers battus

     

    Rendez-moi mes sentiers battus 

    A en croire les conseillers de tous poils, il conviendrait aux âmes bien avisées de « sortir des sentiers battus ». Par caractère plus que par principe, j’accueille les injonctions avec méfiance, voire avec circonspection. En tout cas, celle-ci m’interroge plus que les autres, comme vous allez voir.

    Un sentier battu, me direz-vous, qu’est-ce que c’est ?

    Voilà une question que le mentor poilu ci-dessus évoqué ne s’est peut-être jamais posée lui-même. Peut-être l’a-t-il héritée d’une quelconque lecture de guide fort coté sur le marché du prêt-à-penser managérial. Peut-être répète-t-il le brief de son manager, qui  lui-même l’a entendue de la bouche de son coach, qui le tenait d’un gourou, perpétuant ainsi une continuité fort contradictoire avec la finalité du conseil.

    On imagine aisément que le battage de sentier en question relève d’une forme de compactage, de tassement de terre occasionné par le piétinement répété d’une trace, d’un passage. Un peu à l’image de la terre battue des maisons de basse Bretagne, que l’on tassait jadis en commun, se tenant par le bras ou l’auriculaire et en martelant le sol de ses sabots dondaine au son des sonneurs joyeux.

    On peut aussi imaginer la verge de bois qui sert au promeneur craintif, à battre fougères, ajoncs et ronces sur les bords dudit chemin afin d’effrayer les serpents et autres créatures indésirables. Le sentier battu devient alors une sorte de voie sécurisée, désertée de toutes les nuisances qui hantent les jours des phobiques aux mollets délicats.

    Le sentier battu serait donc l’allégorie du confort qu’il y a à suivre une voie sécurisée où nos pieds ne craindraient ni la bébête, ni l’enfoncement dans une sorte d’accotement non stabilisé, comme on dit à la DDE.

    Mais en fait de chemin, le guide velu nous conseille de les éviter tous : Il faut donc sortir DES sentiers battus, ordonne-t-il. Pour être un enfant de la campagne, j’ai longtemps pratiqué la promenade tant dans le bocage que dans les landes. Du moins, ce qu’il en reste eu égard aux affreux remembrements des années soixante en Bretagne… Eviter TOUS les sentiers battus relève au mieux de l’exercice militaire, au pire, de l’absurde, ce qui est souvent la même chose vu du fantassin. Pour ce qui est de l’exercice militaire, j’ai fait. Ça s’appelle tirer un azimut, et ça consiste à se diriger en ligne droite, à la boussole.  Très amusant et très sportif. Mais ça ne peut pas être un projet. En tout cas ça confine à l’aberrante obsession de l’originalité.

    En fait de sortir des sentiers battus, notre guide hirsute prône donc la pratique de l’anticonformisme gratuit, quitte à sombrer dans le burlesque. Pas sûr que le dernier endimanché qui m’a dit ça se soit rendu compte de la portée de ses propos… Mais ces gens-là ne réfléchissement pas trop à ce qu’on leur demande de dire. Ils répètent. C’est leur travail. Je ne vis pas dans leur univers, de toute évidence.

    Tiens, vous savez quoi ? C'est pas par esprit de contradiction, mais pour rien au monde je ne quitterais le petit chemin de Mireille, celui qui sent la noisette, fut-il battu et rebattu.


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