• Une secrète odyssée

    Une secrète odyssée

    L’autre jour ou plutôt l’autre nuit, je me trouvais dans un lit bien loin de mes bases. Au terme d’une durée que mon horloge biologique seule avait déterminée, survint en moi une de ces habituelles envies de me dégourdir les jambes dans le matin frais. Toujours prompt à prendre l’air, je me trouvai bien vite et bien tôt, chaussé de mes baskets de course à pied et gainé d’un de ces affreux collants qui moulent les guiboles. Hélas ! Je me rendis très vite compte que s’il faut savoir entendre l’appel de la route, il est parfois périlleux d’en oublier de regarder sa montre. L’heure était en effet fort matinale et le soleil était encore bien loin de poindre.

    Seul sous le crachin du parking de l’hôtel, et toujours en proie à mes hormones, je consultai mon téléphone prétendument intelligent sur les possibilités joggatoires alentoures. Il m’indiqua, non sans avoir consulté lui-même les satellites qui nous surplombent, que je me trouvais en bord de mer. Il ajouta, comme une invitation au rêve – si tant est que les circonstances s’y fussent prêtées – qu’un golfe jouxtait le gîte que j’envisageais de quitter. Ce golfe, à en croire la minuscule carte rétro-éclairée que je tenais en main, se refermait par deux fines péninsules de sable. Une embouchure d’une centaine de mètres offrait aux marées d’emplir à leur guise, ou de vider tout autant, le golfe en question.

    Bien que mes synapses ne fussent pas encore totalement connectées, je parvins à me fixer comme objectif la péninsule opposée à l’endroit de ma résidence. Un aller-retour se ferait fort de calmer pour cette fois, le reliquat de fougue juvénile qui s’avise de m’animer encore, malgré l’âge mûr qui s’avance.

    L’air était doux quoique humide, la circulation automobile quasi-nulle. Une vingtaine de minutes me suffirent : l’objectif était atteint. Dès lors, un retour par le même chemin m’aurait garanti la sécurité d’un parcours déjà reconnu dans l’autre sens. Mais il présentait l’inconvénient de limiter mon exercice à une quarantaine de minute, ce dont je craignais qu’il fut très insuffisant à m’apaiser pour la journée entière. Le jour se levant timide, très au dessus des épais nuages, il m’apparut que la marée était basse. J’attaquai donc la péninsule qui s’avéra être un isthme sablonneux tout à fait praticable. A en croire l'avertissement de mon téléphone-qui-dialogue-avec-les-satellites, je m’aventurais dangereusement dans l’embouchure et ses courants périlleux…

    … En fait d’embouchure, l’aube me révéla un torrent d’eau de mer d’une vingtaine de mètre de large et d’une profondeur difficile à appréhender de visu. Deux alternatives s’offraient maintenant à moi : le rebroussage de chemin ou le franchissement héroïque. La première option m’eut fait courir le risque d’une sortie, cette fois, supérieure à l’heure trente, ce qui outre le danger encouru eu égard à l’état de jeûne dans lequel je me trouvais, me plaçait face au péril de rater l'heure du petit déjeuner. La seconde supposait une autre prise de risque également, un peu inconsidérée… mais tellement plus excitante !

    Aussi, tel un Ötzi moderne chaussé de plastique et gainé de lycra©, je plongeai résolument un pied dans l’eau glacée pour éprouver la robustesse du sol. Puis, les jambes bien écartées pour braver le fort courant qui me trempait déjà jusqu’aux genoux, je traversai bientôt l’écueil géologique à petits pas mal assurés.

    Parvenu sur l’autre rive, une bourasque m’offrit les senteurs du parc à huitres voisin. Un couple d’aigrettes salua mon exploit. Je m’emplis de l’instant.

    Puis, une grenouille dans chaque chaussure, une foulée enjouée m’accompagna jusqu’au terme de ma secrète odyssée, qui ne l'est plus maintenant. Une douche et des tartines m'attendaient.


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